3 rue Royale, Paris
Bienvenue chez Maxim’s
L’intérieur Art nouveau le plus célèbre de Paris, filmé sans un client : la grande salle, le bar, les salons des étages, les paravents et les lampes de 1900. Tout est parti du dessin ci-contre.
4 min 20, de la grande salle aux derniers étages. Vidéo muette : à ce niveau de décor, une musique d’ambiance serait une faute de goût.
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La maison en photos HD
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La grande salle et le bar
Les salons des étages
Les paravents — pièces uniques
Les lampes d’époque
Comment ces images existent
Un dessin offert à la fin du déjeuner
Tout est parti d’un dessin. Je voulais représenter le bar de Maxim’s, et comme toujours avant de dessiner un lieu, j’ai cherché des références. Là, surprise : sur un décor classé, cité dans tous les livres sur l’Art nouveau, on ne trouve que quelques clichés flous pris entre deux plats. Les objets — les lampes, les paravents, les bronzes — n’existaient nulle part en images correctes.
J’ai fini le dessin, puis j’ai réservé une table. À la fin du déjeuner, je l’ai offert au responsable de la salle. Il m’a proposé dans la foulée de visiter la maison — et m’a laissé filmer, seul, du bar aux derniers étages. Sur toute la visite, deux silhouettes passent au loin, une seconde. C’est tout.
Je ne suis ni historien ni photographe d’architecture : je dessine des lieux, et un dessinateur regarde autrement — il cherche la ligne, la façon dont un objet a été pensé avant d’être fabriqué. C’est ce regard-là que j’ai promené dans les étages.
1893 — 1900
Un bistrot devenu le salon de la Belle Époque
Maxime Gaillard, garçon de café, ouvre en 1893 un petit établissement rue Royale. Sa clientèle mondaine dîne beaucoup et paie peu : il meurt endetté. Son maître d’hôtel, Eugène Cornuché, reprend l’affaire et prend une décision qui va tout changer : à quelques mois de l’Exposition universelle de 1900, il fait entièrement redécorer la salle dans le style qui enflamme alors l’Europe.
Le pari est gagné au-delà de tout. Cornuché installe un piano, fait aménager des « chambres d’amour » à l’étage, s’arrange pour qu’une jolie femme soit toujours assise près de la fenêtre, visible depuis le trottoir. La Belle Otéro, Liane de Pougy, Édouard VII, Proust, Feydeau, plus tard Cocteau et Guitry : on vient chez Maxim’s pour être vu autant que pour dîner. En 1905, Franz Lehár y situe le troisième acte de sa Veuve joyeuse. La maison est devenue un décor de théâtre où le public joue son propre rôle.
Une anecdote dit tout de cette époque : quand les banquettes de la grande salle furent enfin remplacées, à la fin des années 1950, les ouvriers y trouvèrent des louis d’or, des bagues et des pierres, glissés là un demi-siècle plus tôt par des élégantes qui ne se donnaient pas la peine de les ramasser.
En 1981, Pierre Cardin rachète la maison. Collectionneur d’art 1900 depuis toujours, il installe dans les étages sa collection — et c’est elle, en grande partie, que vous voyez dans la vidéo.
Qui a fait quoi
Une salle à manger conçue comme une œuvre d’art totale
Le chantier de 1900 est confié à l’architecte Louis Marnez, entouré d’artistes de l’école de Nancy — celle de Gallé, de Majorelle, des verriers lorrains qui réinventaient alors chaque objet du quotidien. Le peintre Léon Sonnier exécute les fresques marouflées, ces toiles peintes puis collées au mur, peuplées de nymphes. Au-dessus des tables, la verrière déploie ses vitraux floraux.
Le reste est un travail d’ébénisterie et de ferronnerie : acajou cintré qui ondule sans jamais faire d’angle, miroirs biseautés placés de manière à multiplier la salle et ceux qui l’occupent, feuillages de bronze et de cuivre, coquelicots, iris, libellules. Le principe est celui de l’art total : plafond, murs, meubles, poignées, luminaires, tout est dessiné ensemble, et les dîneurs eux-mêmes finissent par faire partie du décor.
Dans les étages, la collection réunie par Pierre Cardin ajoute au décor d’origine les plus grandes signatures de 1900 — meubles de Louis Majorelle, verreries d’Émile Gallé, céramiques de Clément Massier, lampes Tiffany, dessins de Toulouse-Lautrec, jusqu’à un canapé inspiré de Gaudí.
Ce qui m’a retenu le plus longtemps
Des femmes en métal qui tiennent la lumière
L’électricité était neuve, en 1900. Les artistes de cette génération ont été les premiers à devoir inventer la forme d’un objet lumineux — et ils n’ont pas fait des lampes : ils ont fait des sculptures qui éclairent. Chez Maxim’s, une femme de bronze se cambre et sa chevelure devient la tige ; ailleurs, des pétales de verre translucide s’ouvrent en corolle autour de l’ampoule, si fins qu’ils rougissent quand la lumière passe.
Ce sont des pièces d’époque, et c’est ce qui rend la salle si particulière le soir : l’éclairage n’y a jamais été refait. La lumière est basse, ambrée, presque nocturne en plein jour — exactement celle pour laquelle ces objets ont été dessinés. Aucune reproduction moderne ne rend cela.
Une énigme
Les paravents dont personne ne sait rien
Ils ont plus d’un siècle, ils sont amovibles, on les déplace pour isoler une table — et chacun est une pièce unique. Certains ont été réparés au fil du temps, d’autres refaits à l’identique quand ils n’étaient plus sauvables.
Curieusement, aucune source consultable ne les documente : les textes sur Maxim’s citent la verrière, les fresques, l’acajou, jamais eux. À ma connaissance, les images de cette page sont les premières à les montrer de près. Si vous savez de quel atelier ils sortent, écrivez-moi : cette page a vocation à s’enrichir.
Une question de vocabulaire
Rococo ou Art nouveau ?
On dit souvent de Maxim’s que c’est du rococo. Ce n’est pas absurde : l’Art nouveau hérite directement des courbes et des contre-courbes du XVIIIe siècle, la même horreur de la ligne droite, le même refus du vide. Mais là où le rococo puisait dans la coquille et le rocaille, 1900 puise dans le vivant — tiges, ombelles, insectes, chevelures de femmes. Les détracteurs de l’époque y voyaient des nouilles molles ; le surnom est resté.
Il ne reste presque plus rien de cet art total à Paris. Ici, on peut encore y dîner.
En bref
Maxim’s en dix lignes
| Adresse | 3 rue Royale, Paris 8e (métro Concorde ou Madeleine) |
|---|---|
| Fondation | 1893, par Maxime Gaillard, ancien garçon de café |
| Décor actuel | 1899-1900, commandé par Eugène Cornuché pour l’Exposition universelle |
| Style | Art nouveau, héritier des courbes du rococo, inspiré du végétal et du féminin |
| Architecte | Louis Marnez, entouré d’artistes de l’école de Nancy |
| Fresques | Léon Sonnier, peintes sur toile puis marouflées aux murs |
| Éléments remarquables | Verrière à vitraux floraux, acajou cintré, miroirs biseautés, bronzes, lampes d’époque, paravents amovibles |
| Étages | Collection Art nouveau réunie par Pierre Cardin : Majorelle, Gallé, Tiffany, Massier, Toulouse-Lautrec |
| Protection | Décor classé au titre des Monuments historiques |
| Cette page | Visite filmée et photographiée par Sébastien Rieu, caricaturiste, après avoir offert un dessin à la maison |
Questions fréquentes
Ce qu’on me demande sur Maxim’s
Peut-on visiter l’intérieur de Maxim’s sans y dîner ?
La grande salle se découvre en principe en tant que client du restaurant. Les étages, qui abritent la collection Art nouveau réunie par Pierre Cardin, ont longtemps fait l’objet de visites guidées ; leurs conditions d’accès varient selon les périodes, mieux vaut se renseigner auprès de la maison avant de se déplacer.
Qui a dessiné le décor de Maxim’s ?
Le chantier de 1899-1900 a été confié à l’architecte Louis Marnez, entouré d’artistes de l’école de Nancy. Les fresques marouflées sont de Léon Sonnier. La verrière, l’acajou cintré, les miroirs biseautés et les ornements de bronze et de cuivre forment un ensemble conçu d’un seul tenant, dans l’esprit de l’art total.
Le décor est-il d’origine ?
Oui pour l’essentiel : c’est ce qui rend le lieu exceptionnel. Le décor de 1900 est classé au titre des Monuments historiques. Certains éléments mobiles, comme les paravents, ont été réparés au fil du siècle, et quelques-uns refaits à l’identique lorsqu’ils n’étaient plus sauvables.
Maxim’s, c’est du rococo ou de l’Art nouveau ?
De l’Art nouveau. La confusion s’explique : le style de 1900 hérite des courbes et contre-courbes du rococo du XVIIIe siècle. Mais là où le rococo puisait dans la coquille et le rocaille, l’Art nouveau puise dans le vivant — tiges, ombelles, insectes, chevelures.
Qui étaient les clients célèbres de Maxim’s ?
Sous la Belle Époque : la Belle Otéro, Liane de Pougy, le roi Édouard VII, Marcel Proust, Georges Feydeau, puis Cocteau et Sacha Guitry. Dans les années 1950 : Onassis, Maria Callas, les Windsor. Le lieu a aussi servi de décor au cinéma, de Gigi à Minuit à Paris.
Qui a filmé et photographié ces images ?
Sébastien Rieu, caricaturiste et dessinateur installé en France, auteur du dessin du bar présenté en haut de cette page. Les images ont été réalisées seul dans la maison, avec l’autorisation du responsable de salle, après un déjeuner au cours duquel le dessin lui a été offert.
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