Dossier pédagogique · 5/10

Les grands journaux satiriques français

Avant la radio, la télévision et les réseaux sociaux, une bonne caricature pouvait faire le tour de Paris par la devanture d’un marchand de journaux. Du Charivari à L’Assiette au beurre, la presse illustrée a été le grand laboratoire de la satire française.

  • 1829–1912
  • Daumier · Gill · Steinlen
  • Frise illustrée

Niveau conseillé : 4e, 3e et lycée · Activité : 25 min environ

Objectif : Lire une couverture et distinguer titre, périodicité, orientation et document numérisé.

Prérequis : Savoir situer le XIXe siècle et le début du XXe siècle.

Texte et propositions pédagogiques : Sébastien Rieu, caricaturiste et illustrateur · Mise à jour : . Niveau et durée à adapter à la classe.

La réponse en 30 secondes

Au XIXe siècle, les journaux satiriques donnent à la caricature une diffusion nouvelle. La Silhouette ouvre la voie en 1829. Charles Philipon fonde ensuite La Caricature puis Le Charivari. Plus tard viennent La Lune, L’Éclipse, Le Grelot, Le Rire et L’Assiette au beurre. Chacun possède son ton, ses dessinateurs et son rapport particulier à la censure.

La grande frise de la presse satirique

1829–1831 · La SilhouettePremier grand hebdomadaire satirique illustré français. Il donne une place inhabituelle à la lithographie et réunit notamment Monnier, Grandville, Daumier et Philipon.
1830–1835 · La CaricatureFondée par Charles Philipon, elle mène une bataille graphique contre la monarchie de Juillet. Daumier, Grandville et Traviès y publient certaines de leurs images les plus célèbres.
À partir de 1832 · Le CharivariQuotidien satirique également lancé par Philipon. Après 1835, il se tourne davantage vers la satire des mœurs. Daumier y travaille pendant des décennies.
1865–1868 · La LuneHebdomadaire associé notamment à André Gill, célèbre pour ses grandes “têtes” en couverture.
1868–1876 · L’ÉclipseSuccesseur de La Lune, après l’interdiction de celle-ci. André Gill y poursuit ses portraits-charges.
1871–1907 · Le GrelotJournal illustré, politique et satirique, reconnaissable à ses grandes caricatures en couleurs.
1871–1876 / 1881–1882 · Le TrombinoscopeLéon Bienvenu, dit Touchatout, consacre chaque livraison à une personnalité contemporaine : un portrait-charge accompagné d’un texte biographique caustique. La BnF indique Georges Lafosse comme dessinateur des n° 1 à 108.
1894–1971 · Le RireGrand hebdomadaire humoristique de la Belle Époque, ouvert à une multitude d’illustrateurs et de styles.
1901–1912 · L’Assiette au beurreDans sa grande période initiale, chaque numéro peut être confié presque entièrement à un artiste ou à un thème. La couleur et la mise en page y prennent une force spectaculaire.

Philipon invente une véritable machine à satire

Charles Philipon n’est pas seulement dessinateur. Il comprend très tôt qu’un journal peut devenir un atelier collectif où les images se répondent de semaine en semaine. La Caricature puis Le Charivari font travailler certains des meilleurs dessinateurs de leur temps.

Le lecteur ne découvre plus une image isolée : il retrouve des personnages, des symboles et des procédés récurrents. La poire de Louis-Philippe en est l’exemple parfait. Répétée, transformée et reprise par plusieurs artistes, elle devient presque un logo satirique.

Volume de La Caricature dirigé par Charles Philipon
Domaine publicLa Caricature morale, politique et littéraire, volume de 1833. Reproduction Paris Musées — Wikimedia Commons.
À comprendreLa presse change la caricature parce qu’elle lui donne un rythme. Le dessinateur peut répondre à l’actualité, reprendre une blague ancienne, installer un personnage et compter sur la mémoire du lecteur.

La couverture devient un spectacle

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, de nouvelles techniques d’impression et une presse illustrée de plus en plus ambitieuse donnent à la “une” un rôle central. André Gill impose notamment des portraits-charges très colorés où une énorme tête domine un petit corps.

La caricature n’est plus seulement une vignette à lire : elle devient une image d’appel. À distance, sur un kiosque, la couleur, la silhouette et le visage doivent attirer immédiatement le regard.

Le Trombinoscope : quand un journal de caricatures invente un mot

Avant de désigner une planche de photos ou de portraits, Le Trombinoscope est le titre d’un journal satirique lancé en 1871 par Léon Bienvenu, dit Touchatout. La première série paraît de juillet 1871 au 10 mai 1876 et atteint 240 numéros. Une nouvelle série paraît ensuite de mai 1881 à juin 1882, jusqu’au n° 99.

Le principe éditorial est particulièrement graphique : une personnalité politique, littéraire ou contemporaine est présentée par un portrait-charge accompagné d’un texte biographique caustique. La Bibliothèque nationale de France indique notamment Georges Lafosse comme dessinateur des numéros 1 à 108 de la première série.

D’où vient le mot « trombinoscope » ?L’Académie française indique que le nom commun vient du titre de ce journal. Le mot associe familièrement trombine, le visage, au suffixe -scope, issu du grec skopein, « observer ». Un titre satirique du XIXe siècle est ainsi devenu un mot courant.
Un drôle de retour aux sourcesJ’ai grandi en dévorant la presse dessinée et satirique, avec une admiration particulière pour Cabu. Des années plus tard, j’ai commencé à assembler les caricatures réalisées pour des équipes en véritables trombinoscopes. J’aime ce retour aux sources : réunir des visages dessinés pour faire le portrait d’un groupe, avec le même plaisir de la caricature.

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L’Assiette au beurre : le dessin prend presque toute la place

Fondée en 1901, L’Assiette au beurre pousse très loin l’idée du numéro illustré. Les dessinateurs y disposent d’un espace considérable et peuvent développer un sujet sur plusieurs pages. Steinlen, Jossot, Hermann-Paul, Roubille, Poulbot, Vallotton, Kupka ou Van Dongen figurent parmi les nombreux artistes qui y participent.

Le journal traite de questions sociales, politiques et internationales avec des tons extrêmement différents. Graphiquement, il est fascinant parce que la caricature n’est plus un simple accompagnement du texte : elle est souvent le contenu principal.

Couverture du premier numéro de L’Assiette au beurre
Domaine publicPremier numéro de L’Assiette au beurre, 4 avril 1901, couverture de Théophile-Alexandre Steinlen — Wikimedia Commons.
À regarder comme un dessinateurComparez une page du Charivari des années 1830 avec une couverture de L’Assiette au beurre de 1901 : en soixante-dix ans, le dessin passe d’une estampe insérée dans un journal à une mise en scène graphique qui occupe toute la page.

Pourquoi ces journaux sont-ils si importants aujourd’hui ?

Parce qu’ils constituent une immense archive visuelle de la société française. On y voit les débats politiques, mais aussi les vêtements, les métiers, les transports, les loisirs, les préjugés, les modes et les tensions sociales. Une caricature n’est jamais une photographie neutre de son époque, mais elle montre avec une force exceptionnelle ce qui faisait rire, agacer ou scandaliser ses contemporains.

Une grande partie de ces collections est aujourd’hui consultable gratuitement dans Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.

Tableau récapitulatif

JournalRepères chronologiquesÀ retenir
La Silhouette1829–1831Un précurseur de la presse satirique illustrée.
La Caricature1830–1835La publication de Philipon opposée à la monarchie de Juillet.
Le CharivariÀ partir de 1832Un quotidien où Daumier travaille pendant des décennies.
La Lune1865–1868Les grandes têtes en couverture d’André Gill.
L’Éclipse1868–1876Le successeur de La Lune.
Le Grelot1871–1907De grandes caricatures en couleurs.
Le Trombinoscope1871–1876 / 1881–1882Portraits-charges de personnalités accompagnés de biographies satiriques.
Le Rire1894–1971Une grande diversité de dessinateurs humoristiques.
L’Assiette au beurre1901–1912, période initialeLe dessin et les numéros thématiques au premier plan.

À retenir

  • La Silhouette ouvre la voie à la grande presse satirique illustrée en 1829.
  • Philipon fait de La Caricature et du Charivari des laboratoires de la satire.
  • André Gill transforme la couverture satirique en spectacle graphique.
  • Le Rire rassemble une grande diversité d’illustrateurs à partir de 1894.
  • L’Assiette au beurre donne au dessin une place presque totale à partir de 1901.
Question minute
Pourquoi une caricature répétée chaque semaine peut-elle devenir plus puissante qu’un dessin isolé ? Pensez aux personnages récurrents, aux symboles et à la fidélité des lecteurs.

Comment lire cette sélection

Le dossier présente neuf titres du XIXe et du début du XXe siècle, avec des prolongements lorsqu’un journal survit à cette période. Le repère 1829–1912 décrit le cœur du parcours, pas la durée complète de chaque titre.

Le Rire est bien recensé de 1894 à 1971. Cette plage ne signifie pas une publication hebdomadaire continue : la BnF distingue notamment une périodicité hebdomadaire jusqu’en 1940 et mensuelle à partir de 1946. Consulter sa notice.

Pour chaque journal, distinguer notice bibliographique et numéro numérisé. La première décrit le titre ; le second permet d’étudier les pages d’une date précise. Les opinions du journal doivent être situées dans le temps : tous les titres satiriques ne défendent pas les mêmes idées.

Activité : Les couvertures de La Caricature, La Lune, Le Rire et L’Assiette au beurre

Les grands journaux satiriques français

Niveau : 4e, 3e et lycée · Durée : 25 min environ

Objectif : Lire une couverture et distinguer titre, périodicité, orientation et document numérisé.

Travaillez à partir des documents du dossier et de leurs légendes. Séparez observations, interprétations et informations vérifiées.

Nom : __________________________ Classe : __________ Date : __________

  1. Relevez le nom du journal, une date et les éléments lisibles sur deux couvertures. Signalez ce que la reproduction ne permet pas de déchiffrer.

  2. Comparez la place du titre, du dessin, de la couleur et du texte. Que cherchent-ils à attirer dans le regard du lecteur ?

  3. Pourquoi deux journaux satiriques peuvent-ils défendre des idées opposées ?

  4. La période 1894–1971 du Rire prouve-t-elle qu’il a paru sans interruption chaque semaine ?

Afficher les pistes de correction
  1. Les réponses doivent correspondre aux inscriptions visibles ou à la légende. Une date de numéro n’est pas la date de fondation du titre.
  2. La couverture hiérarchise l’information : nom du journal, grande image, contraste et couleur. Les hypothèses sur le public doivent être justifiées, pas présentées comme des statistiques.
  3. La satire est une manière de critiquer ; elle ne définit pas un programme politique unique. L’orientation peut aussi évoluer dans le temps.
  4. Non. La notice BnF distingue notamment une formule hebdomadaire jusqu’en 1940 et une formule mensuelle à partir de 1946. Une plage bibliographique ne prouve pas une continuité de parution.

Accepter toute autre réponse étayée par le document. Une interprétation non justifiée ne vaut pas un fait établi.

Questions fréquentes

Tous les journaux satiriques défendent-ils les mêmes idées ?

Non. La satire est une manière de critiquer, pas une orientation politique unique. Il faut identifier le journal, sa période, ses auteurs et les cibles de chaque image.

Où consulter un numéro ancien d’un journal satirique ?

Une notice bibliographique identifie le titre et sa publication. Pour lire les pages d’un numéro, il faut rejoindre une collection numérisée, par exemple Gallica, puis choisir sa date.

Quels journaux ont marqué l’histoire de la caricature française ?

La Silhouette, La Caricature, Le Charivari, La Lune, L’Éclipse, Le Grelot, Le Trombinoscope, Le Rire et L’Assiette au beurre occupent une place importante dans la presse satirique illustrée des XIXe et début XXe siècles.

Quel rôle Charles Philipon joue-t-il dans cette presse ?

Il fonde La Caricature puis Le Charivari et réunit de nombreux dessinateurs. La publication régulière permet aux images de se répondre et aux symboles, comme la poire de Louis-Philippe, de devenir familiers aux lecteurs.

Qu’est-ce qui distingue L’Assiette au beurre ?

À partir de 1901, le journal donne une place considérable au dessin, à la couleur et à la mise en page. Un numéro peut être consacré à un thème ou confié presque entièrement à un artiste. L’image y devient souvent le contenu principal.

D’où vient le mot trombinoscope ?

Le mot vient du titre du journal satirique Le Trombinoscope, lancé par Touchatout en 1871. L’Académie française indique qu’il est formé de trombine, « visage », et de -scope, issu du grec skopein, « observer ». Le titre du journal est ensuite devenu le nom commun que nous employons aujourd’hui.

Sources et ressources pour aller plus loin

Les textes de cette page sont une synthèse originale destinée à la vulgarisation. Les œuvres reproduites sont signalées comme étant dans le domaine public sur leur page de source.

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